Pêche et tortues : la solution pourrait venir de la lumière
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Réduire les captures accidentelles de tortues marines tout en préservant l’activité des pêcheurs : c’est l’objectif du projet RECAPTED mené en Martinique et en Guadeloupe. Entre science, innovation technologique et savoirs de terrain, chercheurs et marins-pêcheurs expérimentent ensemble des solutions prometteuses.

Réduire les captures accidentelles de tortues marines
Le projet RECAPTED (Réduction des captures accidentelles pour une pêche efficiente et durable) s’inscrit dans la continuité du programme TOPAZE, mené entre 2020 et 2023 en Guadeloupe et en Martinique. Ce premier projet avait permis de poser les bases de nouvelles approches, malgré des perturbations liées à la pandémie et à des difficultés logistiques.
Lancé en octobre 2024 pour une durée de trois ans, RECAPTED vise à réduire les interactions entre tortues marines et activités de pêche artisanale. Trois métiers sont concernés : la pêche à la folle à lambis, le filet droit à langoustes et le filet droit à poissons, des techniques utilisant des filets susceptibles de capturer les tortues. « Ce projet est né d’un constat partagé avec les pêcheurs : les captures accidentelles posent non seulement un problème éthique, car ce sont des espèces protégées, mais aussi économique et de sécurité », explique Damien Chevallier, responsable des programmes de recherche au CNRS sur les tortues marines. « Désenchevêtrer une tortue peut s’avérer dangereux et abîme souvent les filets. Il y avait donc une vraie demande pour trouver des solutions. »

Des filets éclairés pour éviter les tortues
L’une des innovations testées consiste à installer des LED sur les filets de pêche. Les filets, longs de 250 à 300 mètres, sont divisés en plusieurs zones : une zone éclairée, une zone tampon et une zone non éclairée servant de référence scientifique. Selon les métiers de pêche, les chercheurs utilisent des LED vertes ou violettes, adaptées au spectre de vision des espèces marines. L’objectif : rendre les filets visibles pour les tortues sans modifier le comportement des poissons ciblés. « Le défi est simple à formuler mais complexe à résoudre : réduire les captures de tortues tout en maintenant les captures commerciales », résume Damien Chevallier.
Des résultats déjà prometteurs
Les premiers tests ont débuté en 2025 sur les filets à lambis, puis cette année sur les filets à langoustes. À ce jour, 245 tests ont été réalisés sur les 720 prévus. Les premiers résultats sont encourageants. Les analyses montrent que 94 % des tortues capturées se trouvent dans les zones non éclairées, suggérant que les LED permettent aux animaux de détecter et d’éviter les filets. « Ce sont encore des résultats préliminaires, mais ils sont très encourageants », souligne le chercheur. « Ils montrent que des solutions simples peuvent avoir un effet réel. »
Une science construite avec les pêcheurs
Le projet repose avant tout sur une collaboration étroite avec les marins-pêcheurs. Une dizaine d’entre eux participent actuellement aux expérimentations, répartis entre côte caraïbe et côte atlantique. « Si l’on veut que les solutions fonctionnent sur le long terme, elles doivent être conçues avec les pêcheurs », insiste Damien Chevallier. « Ce projet est autant le leur que le nôtre. » Le programme scientifique comprend aussi des formations à la manipulation et à la réanimation des tortues capturées accidentellement, ainsi qu’un travail de valorisation des connaissances empiriques des pêcheurs, souvent très fines sur la répartition des espèces et les conditions de pêche.

Un enjeu mondial
RECAPTED bénéficie du soutien financier du Fonds vert, via la DEAL Martinique et la DEAL Guadeloupe. Un appui essentiel pour mener ces recherches sur plusieurs années. Car l’enjeu dépasse largement les Antilles. En effet, les filets maillants figurent parmi les principales causes de captures accidentelles de tortues marines dans le monde. On estime que plus de deux millions de tortues pourraient être capturées chaque année par les engins de pêche. Dans les eaux antillaises, les recherches portent principalement sur la tortue verte et la tortue imbriquée, deux espèces menacées à l’échelle internationale. « Si les résultats se confirment, ces méthodes pourraient être appliquées ailleurs », conclut Damien Chevallier. « L’idée est de développer des solutions à la fois simples, efficaces et acceptées par les pêcheurs. »
Mariane Aimar-Godoc
Article paru dans le magazine Outre Mer Grandeur Nature N°31.




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